2000 ans d’occupation humaine : le site Bertran de Born-Visitation à Périgueux.

A. VAUGRENARD Professeur Agrégé de l’Université
dimanche 30 septembre 2012

Le site actuellement occupé par la Cité scolaire « Bertran de Born » se situe au centre de l’agglomération de Périgueux, en centre ville, aux marges du quartier dit de « Vésone » et à proximité immédiate du « Puy-Saint-Front ». Il est limité au nord par la rue Waldeck-Rousseau, au sud par le boulevard Bertran de Born, à l’Ouest par la rue des Thermes et la rue Littré, enfin à l’est par la rue Charles Mangold. Soit un rectangle de 200/280m, pour les plus grandes dimensions. Rectangle auquel il faut enlever, au NO, le quadrilatère occupé par le site dit « de La Visitation ». La surface actuelle est d’environ 4,5 ha. Pour une étude plus exhaustive, il apparaît indispensable d’élargir cet espace à un plus vaste ensemble allant de la partie sud de la place Francheville et du cours Fénelon au nord, au boulevard Bertran de Born au sud. La limite ouest étant le boulevard de Vésone et la rue des Thermes, la limite est, le boulevard Lakanal. Cet ensemble est aujourd’hui totalement occupé par l’homme. C’est un espace urbain bien identifié au sein de l’agglomération urbaine de Périgueux car remplissant des fonctions spécifiques et disposant en son sein de quelques services bien connus et fréquentés par de nombreux usagers. L’activité dominante est tertiaire. Dans cette fonction on peut en effet identifier six sous- fonctions dont certaines débordent le cadre de l’agglomération. On trouvera une fonction culturelle avec des groupes scolaires et organismes de formation (école Lakanal, Cité scolaire Bertran de Born,), le centre culturel de la Visitation et les Archives départementales de la Dordogne. Autre fonction « phare » , la fonction médicale et para –médicale avec la clinique Francheville, différents cabinets de médecins et activités associées, l’Institut médico-légal. La fonction de services et directions administratives est aussi présente avec la Chambre d’Agriculture, des organismes de conseil aux agriculteurs, la SAFER Garonne-Périgord, la Chambre des Métiers, l’ANPE, le Conseil des Prud’hommes, la direction départementale de la protection judiciaire de la jeunesse, le Délégué départemental du Médiateur, la délégation départementale aux droits de la femme, le Centre communal d’action sociale ainsi que la Police municipale. La fonction ludique et sportive est aussi représentée : parc municipal Aristide Briand, piscine et gymnase municipal. Enfin, moins spécifique, une fonction résidentielle avec l’ensemble de la Visitation et des propriétés immobilières de qualité diverse mais néanmoins à dominante aisée. Ajoutons, à proximité immédiate, la caserne des Pompiers et celle de la Gendarmerie. Le tout fait un ensemble fréquenté, encombré par le stationnement automobile, lié à différents rythmes dont celui des unités scolaires, placé quotidiennement au cœur des encombrements périgourdins. Du point de vue géologique enfin, le site est implanté sur la rive droite d’un méandre de l’Isle (berge convexe), où s’est développée la ville antique de Périgueux. L’ensemble se présente sous l’aspect d’une pente douce descendant par paliers successifs vers l’Isle. Différentes fouilles ont permis, en plus des données apportées par les cartes géologiques, de préciser la nature du sous-sol (fouilles de Monoprix en 1955, la Gendarmerie en 1958/1959, la Visitation en 1984, le lycée en 1995). La zone est particulièrement exposée lors des débordements. La rive convexe, plus basse, est en effet balayée en priorité par les courants lors des crues débordantes .La partie interne du méandre est occupée par une basse terrasse alluviale attribuée au Riss, de la rive droite de l’Isle. Le sous-sol est constitué d’un matelas de limons, correspondant aux dépôts fluviatiles. Le substrat calcaire se situe à une altitude oscillant autour de 84 m NGF. Sa surface présente l’aspect d’un karst avec de petits avens, le tout ennoyé par une argile de décalcification puis des niveaux de sable et de grave. L’épaisseur de ces niveaux a pu être évaluée à environ 3m. Les limons sont tronqués par les premières occupations humaines (1). Le tout fait un ensemble propice à l’occupation humaine. De fait, il est établi qu’elle se déroule sur plus de deux millénaires. Elle s’étend en effet, de façon certaine, du Néolithique à nos jours. On peut y distinguer plusieurs périodes : du Néolithique au IV° siècle, du Haut Moyen Age à la fin du XVIII° siècle, la période contemporaine enfin.

I- Du Néolithique au IV° siècle.
Le site « Bertran de Born » s’inscrit dans l’histoire de VESUNNA dont une chronologie sommaire est donnée en annexe. Il se situe géographiquement un peu en marge du cœur de la ville gallo-romaine. Toutefois, comme son voisin de la Visitation ainsi que le site étudié au sud dans le cadre de la construction de la nouvelle Gendarmerie, les fouilles effectuées dans le secteur de Monoprix au nord, il apparaît qu’il suit apparemment l’évolution de la ville antique et de la période précédente, le Néolithique. Pour ces périodes, on s’appuiera donc sur les fouilles faites en 1995, à l’occasion de la construction du nouveau service d’hébergement de la Cité scolaire, ainsi que sur celles de l’îlot de la Visitation en 1984, à l’occasion de la rénovation de ce couvent, enfin sur celles de 1958/1959, quand furent construits plusieurs immeubles de gendarmerie, au sud de la Cité scolaire.
Premières traces d’occupation. Au néolithique, on trouve des traces de passages. En effet, au sommet des limons, on retrouve du mobilier lithique, constitué par quelques éclats de débitage et de petites lames. Une pointe pourrait appartenir à la culture de l’Artenac. Ce matériel est résiduel, il n’y a ni structure ni niveau d’occupation .Ces quelques éléments lithiques indiquent un contexte néolithique. A l’occasion des fouilles de 1995, il a été retrouvé dans une petite fosse, associés à de la céramique commune du premier siècle, des fragments d’amphore de type Dressel, 7 tessons de céramique protohistorique ainsi que des fragments d’amphore Dressel 1A.

1) Cartes géol. France (1/50 000) feuilles de PERIGUEUX-EST et PERIGUEUX-OUEST.

La céramique protohistorique comprend des fragments de jattes non tournées à bord épaissi rentrant. Le traitement de surface externe et interne correspond à un polissage ébauché. Les deux bords ont les mêmes caractéristiques mais sont de gabarits différents. Un fond modelé appartient à une forme fermée. L’intérieur du pot est brut de montage, l’extérieur est sommairement lissé. Cet ensemble est daté entre la deuxième moitié du second siècle et la première moitié du 1er avant JC. Il y a hétérogénéité de la chronologie du mobilier qui reflète les perturbations du site. Il faut en revanche retenir la présence de ce mobilier précoce sur le site, dans le fond de la vallée. Il indique la présence sporadique des populations dans la vallée de l’Isle, essentiellement centrées à cette période sur l’oppidum de la Curade. (2)
La période gallo-romaine. Les fouilles de la caserne de la Gendarmerie, en 1958/1959, révélèrent des vestiges à l’intérieur d’un îlot bordé par trois rues. Diverses structures furent dégagées, dont les murs étaient enduits de fresques à décor polychrome. Au NE, en 1984, le projet de rénovation de tout l’enclos du couvent de la Visitation imposa une opération de sauvetage archéologique, programmée sur plusieurs années en fonction des travaux de construction. (3) Cinq zones furent fouillées dans l’enclos des Visitandines : elles ont permis d’étudier deux îlots urbains antiques. L’un d’eux, d’une quarantaine de mètres de côté, était occupé par une domus, bâtie selon un schéma classique. Un cardo bordait la maison dans sa partie occidentale. A la fin du Ier siècle la domus subit des transformations. Puis, à la suite d’un incendie, cette maison fut détruite et le site abandonné à partir de la fin du IIIer siècle apr. J.-C. Au cours de la deuxième moitié du IVer siècle, alors que les habitants s’étaient retranchés à l’intérieur du rempart de la Cité, tous les matériaux de construction furent récupérés.(4)
Dans le cadre du programme d’extension et de restructuration du lycée Bertran de Born et en particulier de la construction d’un nouveau service d’hébergement en 1995, les fouilles de sauvetage effectuées du 01/09/95 au 31/10/95 complètent ces connaissances (5). Elles permettent de retracer quelques bribes de l’histoire antique d’un insula de la partie orientale de la ville de Périgueux. La surface fouillée est de 800m2. Les études font apparaître la chronologie suivante :
• Le début de notre ère est marqué par une occupation gallo-romaine très sporadique. Au début du 1° siècle dans les années 5-30, le site présente un niveau de circulation diffus sur l’ensemble de la superficie, ponctué de quelques fosses.
Trois de ces fosses correspondent à des zones de rejets alors qu’une troisième, de grande envergure est le résultat d’une zone d’extraction.
Très rapidement, autour des années 15 du premier siècle, l’îlot se structure avec la construction d’un long mur de parcellaire, orienté selon l’axe nord-sud, qui délimite alors deux parcelles, une à l’ouest et une à l’est. Chaque parcelle est organisée avec son habitation et son jardin (15-30).

(2). Lycée Bertran de Born-Périgueux. Rapport de fouille. 01//09/95-31/10/95.
Bonnissent D.
(3) Lagrange (j) Deux mille ans d’occupation du site, la Visitation. SHAP. 1986. tome CXIII.
(4) Périgueux antique. Guides archéologiques de la France. Claudine GIRARDY-CAILLAT. Mars 1998.
(5). Lycée Bertran de Born-Périgueux. Rapport de fouille. 01/09/95-31/10/95. Bonnissent D.

• La maison de la parcelle orientale se développe selon un axe nord-sud, qui suggère la présence d’un cardo vers l’est (30-60). Une nouvelle extension est marquée par un agrandissement des deux maisons qui empiètent sur leurs jardins (60-160). C’est lors de cette phase que l’extrémité de la maison sur la parcelle occidentale ira s’adosser au mur de clôture du jardin. L’essentiel de cette maison devant se situer vers l’ouest, hors des limites des fouilles. De nombreux indices archéologiques suggèrent que l’habitat de la parcelle est correspond à une riche demeure : superficie (plus de 160 m2 de structures bâties), portique et péristyle, hypocauste, très belle qualité de la vaisselle retrouvée, fresques. Cette domus apparaît comme la demeure d’un notable, construite selon les prérogatives de la construction romaine avec cour, galerie, portique. Cette demeure s’oriente selon un axe longitudinal nord/sud, se développant en bordure de voie. Le jardin étant situé à l’ouest, l’accès à l’habitat doit se faire vers l’est. Tout le cortège de structures du réseau urbain traditionnel, trottoirs, caniveaux, canalisations etc.… doit être à quelques dizaines de mètres plus loin sous la rue Charles Mangold ou il est fort probable qu’il existe un cardo. Celui-ci étant parallèle à celui de la rue Littré. On retrouve le schéma régulateur classique, le plan orthonormé, initié depuis le centre monumental.
• Après, 150 la zone est abandonnée en tant que secteur d’habitation. On entre dans une phase de récupération des matériaux de construction, puis de complet abandon après le IV siècle. Le site fouillé apparaît alors comme scellé par des niveaux de terre noire.
• Pour ce qui est du reste du secteur jusque là non fouillé, on peut penser que pour ce qui est de la partie située sous le bâtiment A , dans l’axe des fouilles de 1995 , et de celles de 1958/1959, la structure d’îlot urbain se continue.
• Par ailleurs, les fouilles et études de 1995, donnent des indications sur la faune, la flore et l’alimentation des habitants. la faune montre l’existence de chiens (garde, chasse, compagnie), d’animaux domestiques : bovins, cheval, porcs, chèvres, moutons, de poissons (esturgeon), de mollusques marins (huître, moule, pétoncle, palourde, coquille Saint-Jacques) et terrestres (deux espèces d’escargots).

Les volailles de basse-cour sont présentes (poule) ainsi que des formes sauvages et domestiques mais de manière très secondaire (cerf, sanglier, oie, canard, chevreuil,
lLièvre). L’étude palynologique témoigne des arbres présents (noisetier, chêne, pin, frêne) et de l’environnement au début du Ier siècle lié aux cultures avec peu de zones marécageuses (chou, ravenelle, radis, moutarde des champs, cresson, cardamone, haricot, pois, lentille, vesce). Après cette période, le site est donc abandonné pendant de nombreux siècles. En effet, les vestiges dégagés pour la période moderne à l’occasion des fouilles de 1995 correspondent à des fondations de murs arasés datant probablement de la période d’occupation bénédictine. Tous les murs sont bâtis au mortier de terre .Une cave a été comblée par des déchets de construction contenant du mobilier moderne : céramique glaçurée verte et brune, bouteilles en verre, pipe en terre cuite. Ces structures correspondent aux vestiges des bâtiments attenants au prieuré situé dans la partie centrale de l’actuelle Cité scolaire. A noter enfin que l’unique vestige d’homo sapiens sapiens trouvé par les archéologues sur ce site aura été une molaire cariée ce qui n’a rien d’étonnant en-soi, les lieux de sépulture de la ville gallo-romaine étant situés en dehors de cette zone (nécropole de la gare et nécropole de Saint Front).

II- La période suivante s’étend du Haut Moyen Age à la fin du XVIII° siècle.
° Au cours du Haut Moyen-Age, l’espace autrefois occupé par la vaste ville de Vésone ne resta pas totalement désert. Pour ce qui est de notre secteur, on remarque qu’il est partagé entre deux paroisses : St-Hilaire, dont l’église se trouvait près du pont St Jacques, et Ste Eulalie. L’église paroissiale de Ste Eulalie fut détruite lors des guerres de religion, et se trouvait à peu près sur l’emplacement des anciennes ailes scientifiques du lycée (angle NO de l’actuelle aile N du bâtiment A). La date de la disparition de cet édifice est sujette à caution. En effet, si Jean SECRET la déclare détruite à l’occasion des guerres de religion, Arlette HIGOUNET-NADAL constate sa disparition dès 1389. Cette église se signalait, notamment, par un portail du XII°siècle. La paroisse elle-même va disparaître et n’apparaît plus en 1627 ayant été englobée dans celle de la Cité. Au milieu du XIII° siècle, notre espace se trouve entre les deux villes de la Cité et du Puy –Saint-Front. Il fait partie de faubourgs dans lesquels vont s’installer des ordres religieux : couvent des Cordeliers (Visitation), prieuré des Bénédictines, couvent des Clarisses enfin.

° Les frères mineurs furent les premiers des Mendiants à s’installer hors les murs dans une large zone au sud de l’actuelle place Francheville jusque près de Saint-Pierre-ès-Liens. Ils s’installent hors les murs car il est probable que la place manque dans les deux cités. Par contre, ils sont à proximité des murailles et sous la protection immédiate du Puy-Saint-Front. De fait, les comtes de Périgueux joueront un grand rôle dans la vie du couvent. La première pierre en fut posée en 1220. L’autel majeur fut consacré en 1269. Des 1258, ils reçoivent des legs importants et le couvent prend de l’importance. Il se présentait en 1274 sous l’aspect d’un vaste ensemble d’une surface supérieure à 3ha, clos de murs, qui dominait le quartier et devint même le point de départ de certains chemins. Son importance était telle à l’aube du XIV° siècle (1330) qu’on pouvait parler du « bourg des Frères mineurs ». Le tout sera ruiné pendant les guerres de religion puis renaîtra. Une nouvelle église sera construite, de dimensions honorables (35/10m). Elle existe encore en 1792, à l’entrée du couvent dont l’accès principal est au Nord. A la Révolution, le couvent ne compte plus que 7 membres. Il est saisi comme bien national et vendu le 2 juin 1796 à Guillaume Lacombe, chirurgien et receveur municipal.
° Au SE, les Clarisses s’installent au milieu du XIII° siècle. Cet endroit est déjà un lieu à implantation religieuse. En effet, il y existe à la tête du pont Japhet une chapelle Saint-Jacques qui est à l’origine de l’implantation en ces lieux des Clarisses (après une brève installation dans la Cité). En 1275, la première pierre est posée et, à la fin du XIII° siècle, le couvent prend une plus grande expansion avec sa reconstruction sur de plus amples dimensions et l’achat de l’emplacement entre le pont de pierre, le mur des Cordeliers et les voies qui, depuis le pont, allaient l’une vers la Cité, l’autre au Puy-Saint-Front.
° L’occupation du site est visible sur les différentes cartes élaborées aux siècles suivants. « Le vray pourtaict de la ville de Périgueux », Cosmographie universelle de Périgueux de Belleforest, 1575, montre une zone livrée à la friche avec, comme on l’a vu, deux implantations religieuses : le couvent des Cordeliers au NO et le couvent des religieuses Ste Claire au SE. Entre les deux couvents il n’y a semble t-il aucune construction. Des chemins relient ces édifices conventuels à la ville close : de la porte de l’Aubergerie aux Clarisses, de la porte Taillefer aux Clarisses en passant par le couvent des Cordeliers. A noter que Ste Eulalie n’apparaît pas sur ce plan (destruction antérieure à 1575). Il faut noter que ce document représente la situation de la ville et du secteur après une période de désolation liée aux guerres religieuses qui touchèrent beaucoup la ville. La paix revenue, l’épanouissement religieux de la Contre-Réforme provoqua la fondation d’une série de couvents d’ordres féminins qui apportèrent de nombreuses retouches au paysage de la ville et de ses alentours immédiats. Les faubourgs seront les bénéficiaires de ce phénomène. C’est ainsi que, dans notre site, on va assister avec l’implantation du prieuré des Bénédictines de Ligueux à une nouvelle occupation par des structures bâties. Ce n’est qu’au début du XVII°siècle en effet que le site »Bertran de Born » renoue avec des structures habitées en permanence. Ce qui laisse une vaste période d’inoccupation humaine entre 1389 et 1617 date de l’implantation des bénédictines de Ligueux.
° L’implantation de l’abbaye de Ligueux à Périgueux est liée à l’évolution de cette abbaye (6). En 1606, cette très ancienne abbaye périgourdine entre dans une longue période de paix où par un travail lent et laborieux, l’abbaye va se relever de ses ruines. Deux siècles d’efforts feront de la maison de Ligueux une des plus considérées du Périgord. L’abbesse à l’origine de l’implantation est Suzanne III de Saint-Aulaire, née en 1586 (de Germain baron de Saint-Aulaire et Judith de Carbonnière, alliée aux Talleyrand). A 23 ans elle prend la direction du monastère, soit le 30 juin 1607. L’évêque Jean Martin ordonne une enquête sur la situation matérielle de l’abbaye. Il est constaté de gros dégâts (liés au passage de l’armée des Princes, pillages de gens de guerre etc.). Aussi, l’évêque donne à l’abbesse de Ligueux le conseil de transférer son abbaye à Périgueux. Le prélat n’est pas fâché d’ajouter un nouveau fleuron à la couronne de monastères qui font déjà de sa ville épiscopale une véritable cité monastique. Il y a de plus des raisons sérieuses : au milieu de la forêt, le monastère de Ligueux sera toujours une proie facile pour des gens armés. Pourquoi consacrer des sommes considérables à la restauration du monastère, si cette maison doit être périodiquement pillée et ruinée ? Comment espérer recruter des vocations dans la crainte perpétuelle de nouveaux dangers et de nouvelles dispersions ? En 1617, Madame de Saint-Aulaire fait commencer la construction d’une église et d’un cloître entre le couvent des frères-Mineurs et l’abbaye des Clarisses, sur l’emplacement du lycée actuel, qui a conservé de l’ancien couvent l’emplacement de la cour du cloître. Elle donne à cette institution le nom de Petit-Ligueux. La construction avance et permet d’envisager une installation. C’est alors qu’un fait se produit que n’avait prévu ni l’évêque, ni l’abbesse : la communauté refuse de quitter sa vieille abbaye. Madame de Ligueux renonce à son dessein et reprend la restauration de la vieille abbaye. Suzanne III réalise alors une création nouvelle, vivement désirée de la noblesse périgourdine, un pensionnat de jeunes filles qui donnera un singulier lustre à la Maison de Ligueux. Implanté à Ligueux, le pensionnat Sainte-Marie de Ligueux ne s’ouvrira qu’aux demoiselles « bien nées ». Il connaît une très grande prospérité, la noblesse périgourdine lui donnant vite toute sa confiance. Toutefois, les projets de transfert du couvent ne sont pas abandonnés. En 1640, le pape Urbain VIII accorde l’autorisation d’ériger un prieuré triennal, appelé Saint Benoît de Ligueux. Ce n’est plus un transfert, mais seulement l’envol d’un essaim qui restera sous la dépendance immédiate de l’abbaye et, éventuellement en cas de danger, pourra lui procurer un refuge facile et assuré. En 1640, douze religieuses, désignées par l’abbesse, vont former la nouvelle communauté prieurale, sous la conduite de dame Marie-Suzanne de Saint-Aulaire Cette installation dure peu longtemps.

(6) Autour de l’abbaye de Ligueux. Abbé Farnier. Laffitte Reprints. Marseille. 1981. pp 52 à 120.

En 1646 cette tentative est terminée. Pourtant, l’installation matérielle était achevée : « bâtiments de service, basilique, cloîtres, dortoirs, autres dépendances ». Les causes de cet échec ne sont pas connues. Il faut attendre 1661 pour voir une nouvelle implantation, celle là durable. Marie de Sugeal, nouvelle prieure est envoyée à Périgueux avec douze religieuses. Le prieuré prend le nom de Prieuré de Saint Benoît de Périgueux. Celui-ci connaît une grande prospérité à tel point que dès 1676, les religieuses seront près de 30. Peu à peu les prieures tenteront de se soustraire à l’autorité de l’abbesse. Après un appel à Rome, en 1680, une transaction intervient qui règle les droits respectifs de l’abbaye et du prieuré, celui-ci restant sous la dépendance nominale de celle-là. Cette période s’achève en 1790. Cette année là, les 31 religieuses qui occupaient encore le monastère s’étant dispersées dans leurs familles, le monastère fut transformé en prison. L’hôte le plus éminent en sera Mgr de Falcombelle de Ponte d’Albaret, dernier évêque de Sarlat. Les détenus furent libérés après Thermidor.
° Etat du site à la fin du XVIII°/début XIX° siècle. La carte de Belleyme, établie à la fin du XVIII° siècle, répertorie et fixe une vue du secteur à la fin du XVIII° siècle voire au début du XIX°. On distingue bien une église St Benoît, en fait chapelle prieurale, les Cordeliers-futur Visitandines et une église Ste Claire, un peu plus au sud. L’Atlas Historique des villes de France (7), établi selon le cadastre de 1828, fixe la vue au début du XIX° siècle et donne l’état des recherches. La zone étudiée se présente sous l’aspect d’un vaste rectangle d’environ 380 m de longueur sur 280 m de largeur. Elle est limitée au Nord par Francheville alors allée promenade, à l’Est par des jardins et du parcellaire. Le cours Fénelon ne sera percé qu’en 1835. L’enclos des Cordeliers occupe toute la partie ouest avec, au Nord au milieu du parcellaire des jardins, au NE, un emplacement présumé de construction médiévale disparue. Le Sud de cette partie est occupé par des jardins, prairies et des champs. La partie Est présente en son milieu, à l’Ouest, les bâtiments du prieuré de Ligueux. A savoir, le cloître, prolongé dans sa partie sud par deux ailes. Le prieuré est desservi par la rue Sainte-Eulalie qui le longe dans sa partie ouest. Deux puits sont relevés sur le plan, un dans la partie NO de l’aile sud, l’autre dans la continuité du premier à 60 m au sud. L’ensemble des bâtiments s’inscrit dans un rectangle de 110 m de longueur sur 50 m de largeur. Le plan fait état dans la partie NO du cloître, d’une construction médiévale disparue, dont le plan reste incertain. Il s’agit certainement des vestiges de l’église Sainte Eulalie. Pour ce qui est de la végétation, la partie dans la continuité des bâtiments prieuraux est occupée par des jardins. Pour ce qui est du reste de l’espace, il s’agit de champs. Le prieuré apparaît ainsi comme posé au sein d’un vaste espace encore rural. Impression renforcée par le fait que, de l’autre côté de la rue Saint-Hilaire, actuel boulevard Lakanal, on ne note que des jardins, prairies, quelques constructions et vigne au SE. C’est dans cette partie que le plan situe l’église Saint-Hilaire en tant que construction médiévale disparue dont le plan est incertain. Enfin à l’extrême SE de la zone se trouve le couvent des Clarisses, sur l’emplacement de l’église Saint-Jacques, dont le plan est certain. Le tout à proximité du pont Japhet qui a alors disparu.

(7) Atlas Historique des Villes de France, Périgueux, plan et notice élaborés par
A. Higounet-Nadal, Paris, 1984.

III- Sécularisation et vocation universitaire et culturelle. La sécularisation commence par le prieuré des Bénédictines et l’abbaye de Sainte Claire. Le mécanisme de sécularisation du prieuré nécessite un bref rappel de l’histoire du collège de Périgueux. C’est en effet le 15 février 1531 que l’achat par la ville de bâtiments et terrains est fait, et ce, pour établir un collège (emplacement actuellement occupé par l’Espace culturel F Mitterrand) (8).En 1592, les jésuites prennent en charge le collège (accord mairie jésuites). Le 26 mai 1762, après le départ des jésuites, le collège est confié à des ecclésiastiques vivant en communauté. A partir de 1763, l’établissement admet des pensionnaires. En 1770, il est confié aux Frères de la Doctrine chrétienne et ce, jusqu’en 1792. Le 10 germinal an V, le collège devient Ecole centrale. En 1804, l’ Ecole centrale disparaît. Auparavant, vers 1799, des notables avaient fondé un pensionnat dans les bâtiments de l’ancien couvent des Dames de Saint Benoît. C’est ce pensionnat de Saint Benoît qui est érigé en collège communal par décret impérial du 9 avril 1811. Les bâtiments et terrains sont concédés à la ville le 25 juillet 1812. Il y a donc une phase intermédiaire : jusqu’au 28 avril 1799, l’internat de l’Ecole Centrale occupe l’ex-prieuré des Bénédictines et l’abbaye de Sainte Claire, le collège s’installant partiellement dans les locaux de l’actuel lycée. Ces couvents devinrent les annexes de l’Ecole Centrale et on y installa en premier lieu le cabinet d’histoire Naturelle. Dès le 29 décembre 1796, le directeur du jardin botanique avait d’ailleurs pris possession du terrain. La situation sera définitivement réglée après la concession de 1812.
Le premier principal du nouvel établissement est l’Abbé Raynaud jusqu’en 1814. Par ordonnance royale du 9 septembre 1845, l’établissement devenait Collège Royal. L’établissement devenait donc pratiquement un lycée dont le premier proviseur fut Léonce Sauveroche qui en était déjà principal ayant succédé à M. Leymarie. En 1848, le collège royal devint Lycée. Il s’appela « lycée impérial » de 1854 à 1870, puis, à la proclamation de la République le 4 septembre 1870, il reprit son titre de « Lycée de Périgueux » ou « Lycée National ». Il devint Lycée d’Etat en 1960. Enfin, il reçut officiellement le nom de Bertran de Born le 17 septembre 1971. Ceci s’accompagne d’une forte évolution des effectifs. En 1814, le collège communal avait alors 11 maîtres, 82 internes et 32 externes. En 1877, il y avait 352 élèves. En 2000 ,1440 élèves et 220 fonctionnaires. Il va de soi que cette croissance a entraîné des modifications architecturales, des travaux divers et une extension progressive sur le site. Ceci étant lié à la constante inadaptation des locaux à leur fonction. C’est ainsi que dès 1825 il faut aménager des salles et parloir.
En 1832, un courrier du ministère au préfet de Dordogne signale que « les bâtiments du collège de Périgueux d’ailleurs peu commodes et généralement mal distribués, sont dans un état tel que le service de l’établissement en souffre ». Dans une réponse à l’appel d’offre, un entrepreneur signale qu’il s’agit « de restaurer sur quatre

(8) J Portier. Notice sur le collège et le lycée de Périgueux Lycée de Périgueux Distribution des prix. 1895 à 1908. Association Amicale des Anciens élèves du Lycée de Périgueux- 31 juillet 1895 pp5/12.

corps de bâtiment, autour d’une cour ou cloître dont aucun n’ont même dimension ». Ces documents présentent les travaux de rénovation indispensables à un ensemble déjà délabré. Différents hypothèses sont envisagées et donnent un aperçu de la disposition des bâtiments et leur état. Il est question entre autre, de déplacer la chapelle du prieuré. L’architecte tranche en faveur d’une permutation : le local affecté jusque-là à deux salles de récréation pourrait devenir, après travaux, la nouvelle chapelle, l’ancienne serait alors transformée en deux salles de récréation. Les travaux de restauration seront menés par l’architecte Catoire. L’entreprise retenue est l’entreprise Desfougères qui aura un conflit avec la municipalité. Le cloître des Bénédictines est conservé. L’aile sud est élargie, prend son aspect actuel. L’entrée qui jusque là semble avoir été celle du prieuré, soit actuelle rue Littré est déplacée pour « donner sur le ville ». Donc, probablement sur l’aile nord, l’actuelle rue Charles Mangold n’étant pas encore percée. Des dortoirs et logements sont aménagés. La chapelle, qui a déjà été l’objet de réparations en 1827, semble avoir alors été déplacée, pour faire place à « deux salles de récréation ». Cette importante campagne de travaux ne suffit pas et des travaux importants sont effectués dès le début de la direction de L Sauveroche : « établissement d’une vaste infirmerie au 2° étage du bâtiment nord, agrandissement des deux cours qui longent ce bâtiment, organisation d’une école primaire supérieure dans un bâtiment nouveau, construit sous l’administration précédente à l’extrémité de la cour du sud ». Néanmoins, en 1847, le Conseil de préfecture souligne « le mauvais état de la bâtisse ». Il faut donc procéder à des travaux de plus grande envergure. Et ce, d’autant que l’établissement, collège royal depuis 1845, va enfin devenir lycée en 1848. Des travaux véritablement d’envergure s’imposent. En fait, on va construire un « nouveau lycée », sur l’emplacement de l’ancien collège-prieuré. Le tout, en ne gardant pratiquement rien des anciens édifices mais surtout, en tenant compte de l’urbanisation nouvelle de la ville ainsi que des nouveaux programmes, liées au statut de lycée mais aussi à l’évolution des connaissances, notamment dans le domaine des sciences expérimentales.
Ce sera l’extension vers l’Est avec l’édification du bâtiment longeant la rue Charles Mangold et ce, à partir de 1847. Conçu par l’architecte Cruveilhier, cet édifice de proportions monumentales comprend un logis barlong, agrémenté d’un corps central à fronton triangulaire, logis qu’encadrent des pavillons latéraux, de faible saillie, mais marqués par des refends. L’ensemble offre 94 fenêtres. Pour éviter une excessive monotonie, celles des deux étages inférieurs sont cintrées, celles du troisième sont rectangulaires. Enfin, celles du quatrième sont carrées. Le chantier dura longtemps car on fut obligé plusieurs fois de changer d’entrepreneur. Des 1850, un grave conflit éclate entre l’entrepreneur (Desfougères) et la municipalité. Celle-ci accuse l’entrepreneur de malfaçons, Desfougeres nie et parle de dépassements liés à des modifications demandées par « l’Université » .Quoiqu’il en soit, la Mairie prendra en charge la fin des travaux, les confie au « sieur Laurent » qui termine l’ouvrage le 11 décembre 1856. Le chantier a donc pris un retard considérable, ce qui n’empêche pas les travaux de voirie d’avancer. En effet si, en 1852, la moitié du bâtiment était seule achevée, cela n’empêchait pas d’empierrer la rue qui le longe. A noter aussi dans le cadre des travaux effectués par Desfougères, la restructuration du cloître. L’entreprise procède à la démolition des quatre façades ensemble à partir du premier étage. En rez-de-chaussée, les quatre façades sont démolies y compris les arceaux du cloître et banquettes entre les piles des arcades. Ceci constitue le seul descriptif de l’ancien cloître. Un nouveau cloître est construit, les travaux seront réceptionnés en 1849.
Au sud, l’actuelle chapelle du lycée fut probablement édifiée, dans son aspect actuel, entre 1846 et 1858 à l’occasion de la construction du bâtiment principal. Son état actuel est le suivant : un bâtiment orienté est-ouest, dont les dimensions dans l’œuvre sont d’environ 20 mètres de long sur 8 mètres de large (nef) et 6,61 mètres de hauteur sous voûte. Bâti en blocage, il présente des baies en plein cintre et, au nord, un portail plein cintre sous une niche. Dans l’état de la restauration entreprise en 2001, on peut distinguer encore, ça et là, des portes et des baies rectangulaires aveugles. Ceci pose problème. Rien n’explique par exemple, la présence d’ouvertures de type rectangulaire à l’heure actuelle obturées. Par ailleurs, si la toiture de la nef est couverte d’ardoises, celle du chœur et de la sacristie est couverte de tuiles romaines. Le chœur présente une construction soignée de pierre de taille. Ce qui n’est pas le cas du reste de l’édifice dont les parois ne sont pas d’un appareil très soigné. Sur la façade nord , la disparition du crépis permet de distinguer à environ 1 m en dessous de la toiture une mince bande de brique ainsi qu’un décalage dans les pierres de grand appareil pouvant laisser penser à un exhaussement sur lequel les archives sont muettes. L’indice apporté par le relevé des ouvertures rectangulaires maintenant obturées croisé avec l’exhaussement constaté côté nord, permet d’émettre l’hypothèse selon laquelle il y aurait eu deux phases dans l’évolution de ce bâtiment. La première caractérisée par un bâtiment plus bas que l’actuel avec des ouvertures rectangulaires dont la disposition permet de penser à une utilisation autre que religieuse. Ce premier édifice fut profondément remanié : percement des ouvertures actuelles, exhaussement, renforcement de la structure par l’adjonction de quatre contreforts, édification du chœur. Alors est peut-être apparue la fonction religieuse. Reste à dater tout cela. Ouvertures rectangulaires maintenant obturées de l’actuelle chapelle, peut faire envisager qu’en un premier temps, la chapelle fut le « bâtiment nouveau, construit sous l’administration précédente à l’extrémité de la cour du sud ». Le sous-sol de l’édifice est, par contre, sans surprise. En effet, des sondages effectués en quatre endroits de l’édifice en 2001 à l’occasion de la restauration n’ont rien apporté. Sauf à constater que sur 0,80 m de profondeur on rencontre simplement un sol de réemploi, avec divers éléments mêlés : fragments du carrelage de la nef, petits blocs de pierre, argile. Il est certain qu’une excavation plus profonde aurait donné les mêmes résultats que ceux obtenus à l’occasion de la construction du bâtiment des services annexes d’hébergement, à savoir, la mise à jour de vestiges gallo-romains complétant le puzzle entre les trois secteurs de fouilles décrits par ailleurs. L’actuelle chapelle pourrait donc être un réemploi d’un bâtiment initial, soit une école primaire, édifié à l’occasion des travaux effectués sous la direction de Catoire. Celle-ci sera remaniée à l’occasion des grands travaux du milieu du XIX° siècle : exhaussement de la nef, renforcement de ses murs latéraux par l’adjonction de contreforts, percement des ouvertures actuelles et fermeture des ouvertures rectangulaires. Edification enfin du chœur. Il est certain que lorsque l’abbé Jarry devient aumônier en janvier 1908, il trouve la chapelle en travaux depuis trois ans et fermée. Pendant la guerre de 1914, un régiment cantonne dans le lycée, la chapelle devient alors un dortoir garni de paille. Revenue à sa vocation religieuse, elle va frôler la ruine totale , avant d’être réhabilitée dans le cadre du programme de rénovation de la Cité et devient alors une salle multimédia, inaugurée en février 2002 par diverses personnalités : C Frémont préfet de la Région Aquitaine, lui-même ancien élève comme X Darcos alors sénateur maire de Périgueux, A Roussel président de la Région Aquitaine, B Cazeau président du Conseil Général de Dordogne, le Recteur Boissinot et le préfet de la Dordogne. Selon certaines sources enfin, elle pourrait être baptisée « Sainte Eulalie ». En effet, l’abbé Jarry lui aurait donné ce nom car, affirmait-il, ce monument avait été bâti « à peu près » sur l’emplacement de l’ancienne église Sainte Eulalie. Ceci ne repose, apparemment, que sur la conviction de l’abbé Jarry et ne peut être retenu. Quant à la statue de la Vierge installée dans la niche au dessus de l’entrée principale, sa hauteur est d’environ 0,50 cm, les traits du visage sont peu soignés. Son origine et son style sont difficiles a préciser. Mais il s’agit certainement d’une œuvre relativement récente et donc n’interfère pas avec l’éventuel nom de la chapelle.
Le chantier continue et connaît une importante phase vers 1882 et en 1903/1904. C’est en effet entre ces dates que de gros travaux d’agrandissement et de réparations sont étudiés et effectués sur les bâtiments existants. En 1882, les plans font état de l’aménagement d’une galerie au dessus du cloître et de travaux importants. En effet, en 1883-1885, l’aile nord du lycée est entièrement reconstruite et l’aile ouest bâtie. Des travaux de réparation sont effectués en 1903, ils sont réceptionnés le 22 décembre 1904. Ils sont importants : on ouvre sur la façade côté rue Littré les ouvertures actuelles ainsi que du côté du cloître. C’est alors que la chapelle St Benoît, chapelle prieurale, située sur cet emplacement qui a déjà connu divers avatars après la sécularisation du prieuré, disparaît totalement. Auparavant, elle fut tour à tour salle de classe, grand dortoir puis à nouveau salle de classe. D’après certaines sources, il semble que les travaux des années 1895/1908, aient permis de mettre à jour, un caveau funéraire avec douze cercueils de religieuses, probablement des prieures.
Continuant son extension, l’établissement est complété au NE, par l’achat le 3 avril 1866 d’une maison avec ses dépendances. Des plans du 12 décembre 1893 présentent les travaux à faire pour aboutir, sur cet emplacement, à la construction et livraison à la rentrée d’octobre 1894, du Petit Lycée. Celui-ci sera rénové en 1990.
.Le 10 juillet 1956, la ville acheta aux sœurs de la Visitation un grand terrain situé 2, rue Waldeck-Rousseau et 4, rue Littré, pour l’agrandissement du lycée. Sur cet emplacement sera édifié en 1960, un bloc scientifique (bâtiment B), rénové en 2000/2001. Cette construction est accompagnée par l’érection d’une statue de Gilbert Privat "la jeune science ". Le 15 octobre 1960, la ville céda à l’Etat un terrain de 9630 m° (borné par le boulevard Bertran de Born et les rues Littré et des Thermes), acheté le 23 février 1960 à Mme Gindre Geneviève, en religion Sœur Marguerite, Supérieure de la Visitation. Le mur destiné à séparer ce terrain de l’enclos de la Visitation fut construit en 1966. C’est sur ce terrain que sera édifié le bâtiment D ( nouveau Lycée ). A la rentrée 1981, il sera ouvert et inauguré au printemps 1982.
. En 1996, est mis en service le nouveau bâtiment E. Il est consacré au service d’hébergement (internat-restauration) et ferme la partie NE du site encore alors libre, car occupée par ce qui fut la cour des moyens (plan de masse de 1893). Cet espace est longé par la rue Charles Mangold, entre le Petit Lycée et le corps de bâtiment central (dit bâtiment A).
. En septembre 1984 est ouvert le gymnase municipal. Le gymnase du lycée complète ce premier ensemble sportif en étant installé dans le même secteur en 1998. Cette construction est accompagnée par l’édification d’ateliers et de magasins pour les services d’Intendance, et ce, en remplacement de ceux qui ont été rasés.
Enfin, l’établissement est aussi un lieu de mémoire. Différents monuments aux morts rappellent le souvenir d’élèves et personnels du lycée morts pour la Nation. Le 29 juillet 1875, fut inauguré le monument aux morts de la guerre de 1870-1871 dressé dans le cloître. Il est de nos jours encadré par deux colonnes romaines provenant sans doute des excavations percées en 1960, à l’occasion de la construction du bâtiment scientifique. Celle située au sud du cloître semble avoir été remaniée et réemployée au Moyen-Âge (cf. reprises à la base). Un élément architectural posé devant ce monument pourrait appartenir à l’ancien cloître des Bénédictines. Le 15 avril 1923 fut inauguré dans le hall, le monument à la mémoire des anciens élèves du lycée ? morts durant la Grande Guerre. Il est complété par celui portant les noms de ceux morts pendant la seconde guerre mondiale (inauguré le 3 avril 1949). Toujours dans ce hall, une plaque rappelle le courage et les circonstances de la mort de R Lestin (1871-1911). Il faut enfin citer les œuvres de Gibert Privat et de Mme Catalaa, visibles devant le bâtiment B (La Jeunesse de Privat) et le bâtiment D (Catalaa).
Parallèlement à l’urbanisation du site Bertran-de-Born, l’aménagement du quartier se poursuit.
° A l’est, le jardin public sur lequel donne la façade principale est une création de Pautard, fondateur de la société d’horticulture à l’emplacement prévu en 1828 pour la construction du Grand Séminaire.
° En 1850, les Frères des Ecoles Chrétiennes s’installent rue Sainte-Eulalie et y font construire de 1850 à 1851 ce qui est l’actuelle Ecole Lakanal. Les bâtiments scolaires sont restés à peu près identiques seule la chapelle des Frères a totalement disparu.
° A l’ouest du secteur étudié, l’ancien couvent des cordeliers est vendu aux Visitandines le 22 juin 1837. Le domaine comprend alors une remise, une petite maison, un jardin, la fosse des eaux de la ville, des prés, terres, jardins et la maison de maître soit 2 ha 68 ares et 50 centiares. Un chantier est entrepris et le 11 novembre 1839 les visitandines quittent leur ancienne implantation (Le Thouin au pied de la cathédrale). Une chapelle sera alors édifiée à partir de 1837 et terminée en mars 1847(architecte, Marcellin, J. Lambert, entrepreneur, sculptures du fronton : Germain Goudeau). Elle subira une importante restauration en 1885 par l’architecte Mandin avec rehaussement des murs et réparations diverses. En février 1983, la communauté est autorisée par le Ministère de l’Intérieur à transférer son siège à Lourdes. Le domaine qui représente un parc de deux hectares en plein centre, en sus des bâtiments, suscitant, avec une mise à prix à 9 millions des convoitises immobilières la ville de Périgueux y met un terme en y créant une ZAC. Une partie va devenir un centre culturel en regroupant différents organismes municipaux (club municipal, école municipale de musique). Une autre partie sera consacrée à des bureaux, le reste sera à usage d’habitation. L’inauguration a lieu le 30 août 1988.
Au nord, le secteur connaît aussi un profond bouleversement :
° La clinique Francheville est créée en 1910 par le docteur Delbès. Elle s’étend peu à peu par le rachat de l’institution voisine Jeanne d’Arc, puis une partie de la Visitation. Cette extension semble ne pas être achevée. En effet, en 2002, cette entreprise qui représente 400 emplois et verse la 5° taxe professionnelle de l’agglomération, souhaite acquérir les locaux contigus de la chambre d’agriculture afin de procéder à différentes extensions (bloc opératoire, nouvel accélérateur de particules etc.)…
° Cette partie évolue aussi en fonction de la place Francheville. Celle-ci est réaménagée en 1953 et en 1969 transformée par la création du parking souterrain. La gare des chemins de fer départementaux construite en 1889 est remplacée en 1957 par une gare routière. Inadaptée, celle-ci est remplacée par une nouvelle gare routière, inaugurée le 10 septembre 1980. Cette dernière a été démolie en 2003(décision du conseil municipal du 6 décembre 2002). Le tout dans le cadre d’un réaménagement global de la place et de ses abords. La gare routière fait place à un complexe multimédia avec restaurants. La Direction départementale de l’Agriculture, dont il n’est gardé que les murs façade, devient un hôtel haut de gamme. Le parking souterrain agrandi et la surface de la place réaménagée en espace piétonnier.
° La Chambre d’agriculture s’installe en 1971, elle occupe 4300 m°, compte 140 salariés et héberge 29 organismes indépendants. Cet organisme est lui aussi à l’étroit, et connaît les mêmes problèmes de stationnement que ses voisins.

° Le nouveau bâtiment des Archives départementales est inauguré le 8 mars 1992. Il vient achever le processus de densification urbaine de l’îlot.

Ceci marque la fin, peut-être provisoire, du processus de transformation de l’utilisation des lieux. Le quartier est maintenant totalement urbanisé comme il le fut du temps de VESUNNA. Mais les fonctions ont changé. Le quartier résidentiel gallo-romain après être passé par une longue période de retour à la friche a connu une période d’occupation religieuse avant de se transformer en secteur à destination de services. L’aspect actuel est le fruit du processus de reconquête urbaine de l’espace qui a suivi l’écroulement de la première vague d’urbanisation gallo-romaine. Cette reconquête s’est faite initialement pour des motifs politico-religieux, dans le cadre d’une vaste friche, espace tampon convoité par deux pouvoirs urbains antagonistes. Cette première problématique s’estompe avec la nouvelle donne apportée par la Révolution de 1789 puis par la révolution industrielle, porteuse d’urbanisation. Cet espace devient alors peu à peu un espace convoité par des enjeux économiques. A titre d’exemple, si le collège de Périgueux a occupé les locaux du prieuré des Bénédictines c’est un peu par hasard et à la suite de l’implantation du pensionnat. Il en est tout autrement pour l’espace Visitation qui met bien en évidence les interférences et les luttes entre le culturel et le commercial immobilier. Pour l’heure, sauf à sacrifier le Jardin public, il n’y a plus d’espace vacant. L’îlot gardant l’intégralité de sa position stratégique, on voit bien qu’il est à l’heure actuelle l’objet de tous les enjeux. A cet égard, la pertinence des aménagements en cours de la place Francheville et de ses abords sera déterminante.

BIBLIOGRAPHIE

PLANS ET VUES.

Platel J.-P. ; Célérier G., Duchadeau-Kervazo C., Charnet F., Chigot D. (1989)- Notice explicative, Carte géol. France (1/50 000) feuille de PERIGUEUX-OUEST (758). Orléans : Bureau de recherches géologiques et minières, 82p. Carte géologique par Platel J.-P., Paris J.P. (1988)

Le Pochat G., GUILLOT P.L., Platel J.P., RECOING M., Texier J.-P. (1979) Notice explicative, Carte géol. France (1/50 000) feuille de PERIGUEUX-EST (759). Orléans : Bureau de recherches géologiques et minières, 28p. Carte géologique par Guillot P.-L., Roger P., Barrat J.-M., Baudin G., Cailleau P., Fourcade B., Froment P., Parnaud F., Pascual J.C., Raynal J .-P., Gottis M., Humbert L., Lenguin M., Sellier E., Dubreuilh J., Platel J.-P.

BELLEFOREST (F. de), Cosmographie universelle, tI, Périgueux en 1575, estampe p 201-202.

HIGOUNET-NADAL (A) Atlas historique des villes de France, PERIGUEUX. DORDOGNE. Editions du CNRS. Paris. 1984.

SOURCES IMPRIMEES.

Archives départementales de la Dordogne.
Dossiers de travaux communaux, 1858/1910.

Archives du Lycée Bertran de Born.

Association Amicale des Anciens Elèves du Lycée de Périgueux :
« LYCEE DE PERIGUEUX, DISTRIBUTION DES PRIX 1895 A 1908 » dont n° du 31 juillet 1895 :Notice SUR LE COLLEGE ET LE Lycée de Périgueux, pp 5/12 J. PORTIER (agrégé de grammaire, censeur du Collège de Périgueux).

Bonnissent D., avec la participation d’Hélène Silhouette, F. Bernard, F.Berthaut, P .Caillat, M.-F Diot, C. Ferrier, A. Hochuli-Gysel .Lycée Bertran de Born-Périgueux .Rapport de fouille. 01/09/95-31/10/95.24322007AH.95/72. D.F.S. A.F.A.N. SRA.AQUITAINE.

Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord ». 1973.

HISTORIQUE du lycée Bertran de Born de PERIGUEUX .1893/1993. Association-Amicale des Anciens Elèves. Editions OL CONTOU-24620 LE BUGUE. 1993.

GIRARDY-CAILLAT (C.) PERIGUEUX antique. Guides Archéologiques de la France. Éditions du patrimoine. IMPRIMERIE NATIONALE. 1998.

MARCOULY (J-L.) Le Monastère de la VISITATION à Périgueux 1641-1983. PILOTE 24 édition .2001.

LAGRANGE (J.) Deux mille ans d’occupation du site, la Visitation, B SHAP. 1986, tome CXIII.

PENAUD (G.), Histoire de Périgueux, Périgueux, 1983.

PENAUD(G.), Le grand livre de Périgueux, La Lauze 2003.

SECRET (J.) Les églises existantes ou disparues à Périgueux. B SHAP.

ANNEXES

1) Chronologie sommaire de VESUNNA :

80-40 av J.-C. Le peuple gaulois des Pétrucores est installé sur l’oppidum de La Curade.
58-51 av.J.-C. Conquête romaine de la Gaule intérieure. Construction d’un rempart sur l’oppidum.
52 av.J.-C. Envoi d’un contingent de Pétrucores au secours de Vercingétorix assiégé dans Alésia.
Vers 16 av.J.-C. Fondation de Vesunna au pied de l’oppidum.
Ier siècle. Essor de la ville : construction de l’amphithéâtre, du forum, de la première domus des Bouquets, des thermes de Godofre.
IIer siècle. Période de prospérité urbaine : construction du grand sanctuaire de la tour de Vésone, agrandissement du forum, construction de la deuxième domus des Bouquets.
Fin du IIer siècle. Restauration du temple de la Tutèle et des thermes de Godofre.
Seconde moitié du IIer siècle. Crise économique et politique de l’Empire et déclin de la ville.
Fin du IIIer siècle et début du IVer siècle. Construction du rempart avec des matériaux provenant des monuments du Haut-Empire. La nouvelle ville prend le nom de civitas petrucorium.
356-360. Paternus, premier évêque est condamné pour arianisme pat le concile d’Arles.
406. Grande invasion barbare.
476. Chute de l’Empire romain d’Occident.


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